Pierre Zacharie

homme viande qui coupe

Facteurs de variation sur la structure et la tendreté de la venaison

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Toutes les viandes , qu’elles proviennent d’animaux d’élevage, de gibier à plumes ou à poils , ont la même structure. Elles sont composées, pour l’essentiel, de fibres musculaires, de tissu adipeux (gras) et de tissu conjonctif (collagène). La proportion de ces diverses composantes, leur couleur et leur texture peuvent cependant varier. L’agencement des fibres musculaires Les muscles sont faits de très longues cellules spécialisées appelées « fibres » ou « cellules  » musculaires. Ces cellules qui mesurent parfois plusieurs centimètres de long, contiennent du liquide ainsi que les protéines nécessaires à la contraction, c’est – à – dire l’actine et la myosine. Le coulissement de ces deux protéines l’une sur l’autre à l’intérieur des cellules permet la contraction et le relâchement des muscles. Après la mort de l’animal , ce sont elles qui vont constituer le complexe actomyosine responsable de la rigidité cadavérique. Chaque fibre musculaire est enveloppée d’une fine couche de collagène appelée « endomysium« . Les fibres musculaires sont regroupées par centaines, pour former des faisceaux , gainés eux aussi d’une couche de collagène appelée « périmysium« . Les faisceaux sont regroupés entre eux pour former le muscle, qui est à son tour enveloppé d’une gaine de collagène appelée « épimysium« . Ces trois niveaux de collagène assurent l’attachement des muscles aux os et aux articulations, ainsi que leur mouvement. L’importance de cette trame de tissu conjonctif détermine en grande partie la tendreté, alors que la disposition et la taille des faisceaux musculaires déterminent le grain d’une pièce de viande. Le rôle du collagène Le collagène est composé de longues chaînes de protéines enroulées sur elles-mêmes comme des cordes. Ces cordes , appelées « fibres » ou « fibrilles », sont ensuite enchevêtrées à la manière d’un feutre plus ou moins épais et résistant. Les fibres de collagène sont attachées les unes aux autres par  des liaisons chimiques dont le nombre varie selon l’âge et l’exercice. Plus les fibres sont solidement liées entre elles, plus la viande est dure. Les muscles les plus sollicités (comme le jarret) contiennent davantage de collagène et celui – ci est plus résistant que le collagène que l’on trouve dans les muscles moins exercés (comme le filet mignon). L’âge aussi a un effet : en viellissant , le nombre de liaisons chimiques entre les fibres de collagène augmente, ce qui explique pourquoi la viande des animaux d’âge mûr est toujours plus coriace que celle des jeunes animaux. A l’état cru, le collagène est élastique et coriace. Heureusement, dans de bonnes conditions, la cuisson permet de défaire les liaisons chimiques qui retiennent les fibres de collagène ensemble et de les « solubiliser », c’est – à – dire de le transformer en gélatine. Le collagène des jeunes animaux se transforme plus aisément en gélatine que celui des animaux âgés. La méthode de cuisson doit être adaptée à la teneur en collagène d’une viande , pour en révéler la tendreté. Le rôle de la graisse C’est le gras , ou tissu adipeux , et non le maigre qui est responsable en grande partie de la saveur particulière de la viande. La teneur en gras varie de 5 à 30% du poids du muscle. Cependant, le gibier contient moins de gras que les animaux d’élevage, ce qui en fait une viande maigre qui a tendance à s’assécher à la cuisson. La texture (fermeté) du gras ainsi que sa couleur varient selon l’âge, l’espèce et l’alimentation de l’animal. On distingue la graisse de couverture, qui recouvre l’extérieur de la carcasse , le gras intermusculaire (marbré),qui entoure les muscles, et finalement le le gras intramusculaire (persillé), qui se trouve entre les faisceaux de fibres musculaires. Une viande bien persillée est perçue comme étant plus juteuse qu’une viande maigre, car le gras stimule la salivation et contribue aussi à séparer les faisceaux musculaires. La couleur de la viande Les muscles contiennent trois types de fibres musculaires : les fibres rouges, riches en myoglobine, présentes dans les muscles responsables des mouvements longs et lents (la marche et l’équilibre, par exemple), et les fibres blanches, dépourvues de myoglobine, présentes dans les muscles responsables des mouvements brusques et rapides, et finalement , les fibres intermédiaires qui assurent l’endurance musculaire. Les oiseaux migrateurs, par exemple, ont un grand nombre de fibres intermédiaires. C’est la proportion entre les fibres rouges et les fibres blanches dans un muscle qui explique la différence de couleur entre la viande blanche et la viande brune. La couleur rouge des fibres musculaires est due principalement à la myoglobine, un pigment dont le rôle est de transporter l’oxygène à l’intérieur de la cellule musculaire. Un grand gibier n’étant pas saigné après abattage , l’hémoglobine interviendra largement dans la coloration de la venaison. L’intensité de la couleur d’un muscle varie selon l’espèce, le sexe et l’âge ainsi que le niveau et le type d’activité physique de l’animal. Entre les espèces, la couleur des muscles dépend des besoins pysiologiques de ce dernier et des types de mouvements qu’il effectue. Les phoques , par exemple , présentent une viande presque noire, très riche en myoglobine, car ils possèdent une grande capacité de stockage d’oxygène dans leurs cellules musculaires. Cette caractéristique permet à ces mammifères marins de passer de longues périodes en plongée sans respirer. Par ailleurs, la viande de lapin est plutôt rose car elle contient beaucoup de fibres musculaires blanches qui favorisent des mouvements rapides et de courte durée. C’est également le cas des oiseaux. La couleur de la viande dépend aussi de l’acidification des muscles dans les heures suivant la mise à mort. Après l’abattage, le potentiel Hydrogène (pH) , qui permet de mesurer l’acidité des muscles, passe de neutre (7) à légèrement acide (5,5 à 5,7). L’acidification amène un resserrement des fibres musculaires et aussi une modification de la forme chimique de la myoglobine. Ce changement de pH, qui est bénéfique à la conservation de la viande, requiert environ 48 heures pour les gros animaux. Si un animal subit des conditions de stress juste avant la mort (fuite, peur, douleur), comme cela est souvent le cas pour la chasse en battue, ses réserves de

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La venaison : une nourriture privilégiée

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Tuer est un acte grave. Mais consommer des produits de la nature , les seuls vraiment bio , reste une affirmation culturelle qui s’oppose fondamentalement à celle des fast- foods et des plats cuisinés surgelés. A l’origine de la venaison L’introduction de la viande dans l’alimentation humaine ainsi que la pratique de la chasse ont été les facteurs principaux de l’évolution humaine. La chasse a participé au maintien de l’ordre social et le partage du gibier a renforcé la cohésion du groupe. Au regard de l’histoire, notre consommation a changé . Nous consommons de la viande alors que nos ancêtres consommaient un animal. Ce respect pour l’animal était fondé sur une connaissance et une éducation transmises de génération en génération. Chasser consistait à repérer, traquer sa proie, la tuer et la manger. De cet animal à qui on avait enlevé la vie, rien n’était gâché , tout était consommé et valorisé. Au néolithique, l’élevage perturba cette règle et petit à petit les liens fondamentaux avec le gibier se sont estompés. A l’ère industrielle, la valeur de la vie animale a basculé et l’animal est devenu de la viande participant au négoce. De nos jours, on consomme des steaks, des gigots et la population ne voit plus l’animal dans sa globalité. Dans le même temps , cette population a de la compassion pour le bambi, le loup, le renard. Il n’est cependant pas utopique de dire que la consommation de viande de gibier comme aliment diététiquement supérieur permettrait de participer à la lutte contre le diabète, les pathologies cardio- vasculaires et l’obésité entre autres. La consommation de la viande de gibier Il existe un paradoxe français concernant la consommation de venaison : Pour le Français, la venaison est de la viande festive considérée comme un segment de qualité supérieure. Il serait grand temps de promouvoir un label « gibier sauvage de chasse d’origine Française ». Des arguments en faveur du gibier par rapport à la viande d’élevage Le gras D’une manière générale, Venaison Lipides/100g Viande domestique Lipides/100g BICHE 0,48 g BOEUF 12,6 g SANGLIER 4,3 g PORC 24,3 g CHEVREUIL 0 g AGNEAU 25 g LIEVRE 0,39 g LAPIN 6,25 g La biche est 25 fois moins grasse que la viande de boeuf , le sanglier 5 fois moins que le porc et le chevreuil sans gras. On peut considérer que la pauvreté en gras de la venaison est une règle dans la nature en milieu ouvert où la quête de nourriture est réelle pour le gibier. Si on se penche sur le cholestérol qui touche bon nombre de chasseurs et de non chasseurs, la venaison est un atout diététique. Nous fabriquons 75% de notre cholestérol, 25% sont d’apport alimentaire. La venaison ne contient pas de cholestérol. Dans un gibier ,il est présent exclusivement dans la cervelle et les abats.L’impact du gibier sur le cholestérol est donc marginal. Les protéines Muscles, réactions enzymatiques, hormones , trame osseuse, neurones, tout est protéine. La venaison possède une grande richesse en protéines d’excellente qualité nutritionnelle. Dans la nature, un animal est en mouvement, entretient ses muscles, prend ce qui est bon pour lui. S’il est malade, sa chance de survie est infime et globalement l’animal que nous prélevons est sain. Les différents scandales qui ont touché dernièrement la viande chevaline nous obligent à une bonne traçabilité. La sécurité est donc du côté de la venaison, l’examen sanitaire initial des venaisons, le test trichine pour la vente du sanglier participent largement à cette sécurisation. Venaison Protéines /100g Viande domestique Protéines / 100g BICHE 22,02 g BOEUF 29,40 g SANGLIER 20,62 g PORC 16,6 g CHEVREUIL 21,25 g AGNEAU 16 g LIEVRE 22,54 g LAPIN 21 g Globalement en quantité de protéines, la venaison est supérieure à la viande d’élevage. Plus de protéines , peu ou pas de gras, la balance penche du côté de la venaison. Les minéraux Dans ce domaine, les valeurs en potassium, calcium, sodium et phosphore sont peu éloignées entre venaison et viande d’élevage. Pour le fer, la venaison en général présente un taux supérieur et le lièvre remporte la palme du plus haut taux. Venaison Fer en mg/ 100g Viande domestique Fer en mg/100g BICHE 3,4 mg BOEUF 3,5 mg SANGLIER 2,1 mg PORC 1,4 mg CHEVREUIL 3 mg AGNEAU 1,5 mg LIEVRE 4,9 mg Et si l’avantage de la venaison se trouvait également au niveau de la différence de toxicité ? De nombreux résidus antibiotiques sont contenus dans la viande d’élevage . Ils ont trois usages : En France, pratiquement tous les porcs , les dindes, les veaux, 2 poulets sur 3 et un 1/3 des bovins à viande reçoivent des aliments supplémentés par des additifs antibiotiques. Seuls les élevages répondant aux critères de l’agriculture biologique et les productions sous « label » n’utilisent pas d’additifs. Les dioxines Elles se fixent dans le gras et semblent être la source majeure de contamination environnementale des viandes et des produits animaux. Elles se retrouvent dans les sols servant aux animaux domestiques et dans les végétaux que ces derniers consomment. Les dioxines se déplacent dans l’air et se déposent sur le sol et les végétaux ainsi que dans l’eau. Les dioxines sont des perturbateurs hormonaux puissants. Ainsi, antibiotiques, dioxines et autres perturbateurs hormonaux sont contenus dans les viandes d’élevage. Nous n’avons pas ce risque dans la venaison de vrai gibier évoluant en territoire ouvert. Et si la solution pour notre société était un retour à nos origines sur le plan nutritionnel ? Une telle question peut paraître incongrue et en faire sourir plus d’un. L’homo-sapiens Cro-Magnon est présent depuis 35000 ans en Europe, 1,80 m, élancé,mandibules légères,un menton, pas de goutte, pas de caries, durée de vie 30-50 ans. Le physique et le psychique du Cro-Magnon c’est l’homme moderne avec l’acquis culturel en moins. Les anthropologues sont formels, nos ancêtres du paléolithique ne connaissaient: Après 3 millions d’années d’évolution, leur organisme était parfaitement adapté à l’environnement. Cette capacité d »adaptation va se fissurer au néolithique avec l’agriculture, les produits laitiers, les céréales et va voler en éclat

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